Il était une fois ... Le Petit Prince


pprince1Lorsqu’il nous est évoqué à nous jeune génération le nom du « Petit Prince », nous retombons dans nos souvenirs d’enfance en repensant au chef d’œuvre de Saint-Exupéry et aux soirées passées à entendre ou raconter cette magnifique histoire. Les yeux de nos parents et grands parents brillent tout autant. Mais le « Petit Prince » évoque bien d’autres souvenirs tout aussi palpitants. Ils viennent à repenser aux soirées passées devant leur écran de télévision, lors de fêtes foraines ou populaires ou dans les grandes salles parisiennes comme l’Elysée Montmartre, Wagram et le Cirque d’hiver à contempler des voltiges exécutés sur un ring.
Ils revoient alors un petit bonhomme d’1m59 pour 54kg, vif, agile, rapide et d’une grâce divine qu’il en avait été anobli par le présentateur vedette télévision Roger Couderc qui le surnomma « Le Petit Prince ». 

pprince2Daniel Dubail naquit le 25 septembre 1943 à Audincourt dans le Doubs. Fils d’un père suisse et d’une mère d’origine italienne, Cadet de ses trois sœurs, il était l’aîné d’une fratrie de 5 frères dont 3 furent lutteurs passionnés et ce, dès leur plus jeune âge. D’ailleurs, sa mère avait témoigné un jour dans un journal franc-comtois en évoquant ses lutteurs d’enfants : « Ils rassemblaient leur matelas et se mettaient à faire du catch. Leur chambre était un ring. Ils étaient très souples puisqu’ils faisaient de la gymnastique à la Sportive d’Audincourt. »
En effet, la gymnastique fut les premiers amours sportifs du petit prince qui excella dans ce domaine au point d’être prédestiné à participer aux Jeux Olympiques. Malencontreusement, une blessure à la jambe brisa ses ambitions suite a une mauvaise réception de trampoline brisa ses ambitions de carrière internationale. Pour autant, Daniel Dubail ne s’en laissait pas abattre. Il resta ainsi dans la gymnastique en devenant moniteur de la section benjamine de la sportive d’Audincourt en 1960.



pprince3Grand sportif dans l’âme, la gymnastique n’était pas sa seule pratique sportive puisqu’il s’essaya avec succès à la lutte gréco-romaine. Dès 14ans, Daniel Dubail remporta de nombreux titres tant au niveau départemental que régional en Gymnastique. A cela, il se produisait dans de nombreux spectacles dans les foires et les baraques foraines, lui permettant de mettre comme on dit un peu de « beurre dans les épinards ».
Professionnellement, il allait également de réussite en réussite puisqu’il obtînt coup sur coup un CAP d’ajusteur en 1961 et un CAP de dessinateur industriel en mécanique en 1962. Deux ans plus tard, Daniel Dubail du effectuer son devoir de citoyen en étant appelé sous les drapeaux, étant affecté dans l’armée de l’air sur la base de Luxeuil qu’il quitta en 1964 au grade de Caporal. Le service militaire terminé, les temps furent difficiles mais ce fut de cette situation qu’il trouva son salut : « En rentrant du service militaire, j’avais une qualification de dessinateur industriel, marié, deux enfants… » Daniel Dubail aurait pu travailler alors aux usines Peugeot mais « … C’est en 1966 qu’on m’a proposé de catcher en professionnel. A l’époque, mon image était plutôt mal vue dans le milieu, un poids plume on ne lui fait pas de cadeaux. »



pprince4Repéré par un manager parisien Robert Lageat, Daniel Dubail se laisse convaincre et monte sur Paris avec 500 francs en poche pour poser ses valises aux 22 rue des Martyrs à Paris et suivre les cours de Michel Saulnier, lui-même catcheur. Nous sommes en 1966. Le catch est au sommet de son art et ses champions s’appellent René Ben Chemoul, l’Ange Blanc, Robert Duranton, Roger Delaporte ou encore Chéri Bibi. La France du catch découvre alors, un petit personnage d’1m59 pour 54kg se dirigeant aux abords du ring gracieusement vêtu d’une cape de satin rouge sur laquelle brille un lys d’or. Il faisait ainsi bien pale figure à côté du Géant Ferré du haut de ses 2ms09 pour près de 200kg  D’ailleurs ce fut ce même Géant Ferré qui fut l’adversaire du Petit Prince lors de sa première apparition télévisée en 1966. S’ensuit alors de très nombreux combats et autant d’amitiés noués avec les catcheurs Daniel Noced, Bob Rémy, Albert Sanniez, Gérard Bouvet, Anton Tejero, Claude Rocca
Aussitôt, la foule tomba sous le charme des prouesses techniques de haute voltige faites de saltos, sauts chassés et envolées acrobatiques en tout genre par
celui qui était devenu Albéric D’Ericourt, son nom de scène parisien.





pprince5A cela, il laissa sans voix, une des voix justement les plus célèbre de France et de Navarre: celle du présentateur sportif Roger Couderc. Tous les vendredis et dimanches soirs, des millions de personnes suivent passionnément les retransmissions télévisées sur l’ORTF depuis le Cirque d’Hiver ou l’Elysée Montmartre et écoutent avec attention les commentaires de Couderc. Ce dernier, frappé par l’élégance naturelle d’Albéric D’Ericourt, lui donna le nom de « Petit Prince. », un nom qui lui restera à jamais attaché … La légende est alors en marche.
Les combats se suivent et se ressemblent. Ayant su mettre au point une technique très personnelle et spectaculaire, il régala la foule toujours gourmande de ses voltiges dangereuses. A la parade classique d’un retournement de bras qui consistait à faire une roulade, Le « Petit Prince » ajoutait ses dons de gymnaste et s’en tirait par un saut périlleux. Et les spectateurs en raffolaient ! A l’annonce de sa présence à un gala, la salle affichait complet. Les gens se bousculaient pour venir admirer celui qui était devenu une idole pour beaucoup. A chacune de ses prestations, Le Petit Prince faisait chavirer le cœur de ces dames.



pprince6La star capée de rouge faisait lever les foules les Lundi à La Mutualité, les vendredis au Cirque d’Hiver et les dimanches à l’Elysée Montmartre. Les spectateurs en venaient même à offrir une prime au catcheur. Le commentateur annonçait les offres : « Et encore une prime de …. Frs pour le Petit Prince offert par un spectateur, par le patron du café au coin de la rue etc… » La foule lui répondait en écho « Allez Petit Prince ». Il était entré dans le cœur des classes populaires. Et Le Petit Prince était loin de se reposer sur ses lauriers. Forcené du travail, perfectionniste dans l’âme, il passait des heures d’entraînements pour être constamment au firmament. Les combats s’enchaînaient les uns après les autres, à un rythme effréné luttant parfois cinq fois par semaine. Sa profession demandait hélas des sacrifices sur sa vie privée. Malgré tout, il appréciait plus que tout ce qui lui était souvent refusé par sa profession, c'est-à-dire pouvoir mener une vie de famille avec sa femme et ses enfants Jean Daniel né en 1964 et Nathalie née en 1965.Durant près de dix années, de 1966 à 1976, le Petit Prince et ses compagnons sillonnèrent les routes de France tous les étés et rencontrèrent un succès phénoménal.




pprince7 L’écho en province était tout aussi résonnant. C’était l’occasion également de se retrouver avec sa petite famille qui l’accompagnait dans ces tournées estivales. Sa fille Nathalie raconte : « Chaque été, nous parcourions toute la France, les caravanes se suivaient en file indienne. De ville en ville, l’arrivée de la troupe de catcheurs était un évènement inoubliable. Le montage du chapiteau attirait la foule » Son aura est telle qu’il est amené à voyager à travers l’Europe et est appelé à se produire sur les rings de Belgique, de Suisse, d’Angleterre, d’Espagne et même en Afrique. Malgré tout il ne rechignait jamais quand à se produire dans sa Franche Comté natale, pour le plus grand bonheur de ses fans. Ainsi le 22 mars 1968, il revenait à Audincourt, sa ville natale pour y affronter le celte Michel Falempin.
Aristocrate sur le ring, le « Petit Prince » ne l’est pas moins dans la vie courante. Il aimait la belle vie, s’entourer de meubles à son image et de belles voitures. Sa popularité lui avait ouverte les portes des soirées mondaines, côtoyant entre autres Marcel Carné, Michel Drucker et Johnny Hallyday alors l’idole des jeunes.



pprince8Lui même était devenu une idole et percevait de gros cachets : « Les meilleurs pouvaient se faire jusqu’à 30 000frcs par mois » disait-il. Néanmoins, sa carrière n’a pas été un long fleuve tranquille, bien au contraire. De nombreuses blessures importantes l’ont contrarié à de nombreuses reprises autant sur la route que sur le ring. A partir de 1976, l’état d’esprit de la discipline évolua. Dans une interview à un journal franc-comtois, Le Petit Prince expliquait : « Au début pour le plus grand bonheur du catch, il y avait des managers qui organisait des galas dans la plus grande illégalité. Depuis 1976, des règlements ont structurés la discipline avec des lois sociales qui ont fait disparaître les « matchmakers » (en photo avec le Matchmaker Maurice Durand). Les catcheurs sont assimilés à des artistes intermittents et doivent se débrouiller pour trouver des matchs. C’est devenu très dur car la télévision privée ne suit plus les rencontres. ».


pprince9En plus du cadre juridique, Daniel Dubail avait également un regard septique sur le cœur même de sa profession : les lutteurs. En effet, il accuse à cette même période, un renouveau de générations avec des nouveaux lutteurs qu’il appelle les catcheurs du dimanche : « Ce sont des lutteurs, souvent provinciaux, qui font du catch pour pouvoir se dire catcheurs et s’attirer les regards des filles. Il en résulte une baisse de qualité, si bien qu’on pourrait volontiers compter sur les doigts de la main les véritables professionnels âgés de moins de 30ans. » Mais amoureux de son métier plus que tout, le Petit Prince continuait à lutter sans relâche, lors de galas locaux qui tombèrent de plus en plus dans l’anonymat dès le début dès années 80. Fini les gros cachets et les unes télévisées, les cachets étaient alors négociés au coup par coup : de 1000 frs à 5000 frs au meilleur des cas. Il avait pour lui d’avoir un nom qui faisait encore déplacer les foules curieuse de voir cette ancienne vedette de la télévision se produire dans leur petite commune, au plus grand bonheur des organisateurs. 


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A cela s’ajouta une dure épreuve en 1989. Victime d’un terrible accident de voiture, Albéric d’Ericourt eut la jambe brisée à plusieurs endroits avec fracture ouverte. Sa carrière en allait subir un coup d’arrêt, mais il n’était pas question pour autant d’abandonner le catch, cette passion qui fut son moteur de vie. Daniel Dubail s’immisça dans les coulisses pour devenir organisateur, tout en restant sur le ring et veiller à un renouveau du catch français. Après 30 années passées sur les rings et avec plus de 6 000 combats derrière lui, il fit une première fois ses adieux en 1990 lors d’un combat face à celui qui fut 11 années durant son partenaire par équipe, Claude Rocca. 4ans plus tard, Il fit une autre apparition le samedi 05 novembre 1994 à Wattrelos en y affrontant le japonais Kamikaze. Enfin à l'aube du XXIème siècle, à Calonne Ricouart la même où il s'était produit à de nombreuses reprises le 12 octobre 2001 dans un match contre son partenaire de toujours Claude Rocca.




pprince11Pour autant, Albéric d’Ericourt (ci contre avec les écossais Jeff Kayes et Ian Gillmour) ne faisait pas ses adieux au catch. Homme de défis, il avait monté comme projet de créer une école de catch dans un pays du tiers monde : La Thaïlande. Petit Prince sur un ring Albéric d’Ericourt l’était aussi de cœur. Il expliquait son pari : « En France, à part se lancer dans la politique, il n’y a plus grand-chose à faire. La Télévision est trop américanisée et même à l’entrée de Bercy ce sont des WELCOME qui vous accueille. Je pense qu’il faut faire comme les grandes sociétés françaises qui fabriquent leurs produits dans le sud-est asiatique. Qui est en développement constante. Et pourquoi ne pas implanter le catch en Thaïlande Il n’est pas encore pratiqué mais ils adorent le regarder sur leur petit écran. » A cela il ajoutait : « Si je parviens à importer cet art en créant une école de catch dans ce pays afin de former des catcheurs thaïlandais, croyez moi ce ne sera pas de la contrefaçon « made in USA ».



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S’investissant sans relâche, Daniel Dubail doit de nouveau monter sur le ring pour le dernier combat de sa vie face à un adversaire terrible : La maladie. Alors qu’il bénéficiait d’une pension retraite depuis 6mois, un cancer l’emporta en très peu de temps. Le 16 décembre 2005, Albéric d’Ericourt, Daniel Dubail de son vrai nom nous quittait dans l’anonymat le plus complet en Thaïlande, à des milliers de kilomètres de là où il avait connu la gloire et était devenu le dernier monarque d’un pays républicain en ayant été « Le Petit Prince de toute une génération ».










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